A la rencontre de Marie-Brigitte Lemaire…

Melle Brigitte LemaireMarie-Brigitte LEMAIRE, « maman » de Jean Qui Rit, qui l’a porté et fait voyager toute sa vie durant  a eu la gentillesse de répondre à nos questions et d’assouvir ainsi notre curiosité. Nous sommes très heureux de partager avec vous son expérience et ses souvenirs.

  • Depuis quand avez-vous démarré l’aventure Jean Qui Rit ?

1950, je termine mes « Humanités Féminines »1 à Nantes et je suis passionnée par la pédagogie. Un certain devoir m’a confirmée dans ce choix, en voici le texte « l’éducation d’un enfant commence 20 ans avant sa naissance, par celle de sa mère » (Napoléon). Que c’est vrai ! Et pendant  quatre ans, je vais aller de découverte en découverte sur les pédagogies utilisées à l’époque afin d’en tirer le meilleur.

1   Filière de l’ancien baccalauréat orienté vers l’histoire de l’art et la littérature étrangère

  • Comment avez-vous été amenée à concevoir et développer une nouvelle pédagogie autour de la lecture à l’époque où vous avez commencé à enseigner ?

J’ai passé un an dans une classe de CP avec des enfants de 6 ans, apprenant à lire et à écrire, bien sûr à compter aussi. A la fin de l’année scolaire, j’étais catégorique : jamais je ne ferai une autre année de CP comme ça ! Pourquoi, alors que tous savaient lire et écrire ? Parce que ces enfants plein de vie ne devaient pas bouger, ils devaient seulement « regarder et écouter » et bien sûr « redire » : bienheureuses répétitions qui gravent les fondamentaux dans la mémoire !

  • Quelles sont les grandes lignes de la pédagogie Jean Qui Rit et quels éléments font selon vous l’originalité et la force de la pédagogie ?

Jean Qui Rit ajoute à l’enseignement de toujours ce que les enfants attendent le plus : agir avec leur corps, utiliser la « motricité » si présente au jeune âge.

Ainsi il y a tous les jours  15 à 20 minutes de « chants et gestes ». Pour la lecture, il y a un geste à faire pour l’étude de chaque voyelle, puis des consonnes ; ainsi se forment les syllabes simples avec 2 gestes qui déclenchent le son. D’où la lecture gestuée qui devient un jeu vivant.

La force de cette pédagogie est l’introduction de 3 éléments nouveaux que sont le GESTE, le RYTHME et le CHANT.

  • Pourquoi y a-t-il cette importance des gestes ?

Dès sa conception, le tout petit vit, il va grandir, se développer et bouger. A sa  naissance, la vie va se manifester par le mouvement et ceci pendant des années. A sa naissance, le bébé n’est pas encore « fini ». Il va se construire ; savez-vous comment ? En multipliant ses gestes ! Il les découvre, puis les répète,  il les affine au long des années.

  • A quel âge les enfants peuvent-ils commencer à utiliser Jean Qui Rit ?

Jean Qui Rit est le développement le plus complet possible des richesses des enfants à l’âge de 6 ans. Dès sa naissance, les mamans bercent en chantant  pour endormir leur bébé. Elles font instinctivement geste, rythme et chant : les trois valeurs de Jean Qui Rit sont inscrites en tout bébé ! Mais notre programme commence réellement en GS puis CP et CE1.

  • Cette pédagogie convient – elle à tous les enfants? Avez-vous eu des échecs en la pratiquant?

Bien sûr puisqu’ils sont tous des enfants en croissance ! Le geste les détend, le rythme les organise, dans leur corps et leur esprit et le chant les épanouit.

Je n’ai pas eu d’échec, mais seulement quelques enfants peu mûrs pour leur âge, ou ayant un dossier psychologique… et les exercices les dépassaient : « je veux bien mais je ne peux pas ».

  • En moyenne, en combien de temps un enfant sait – il vraiment lire avec JQR?

De même qu’un enfant passe 9 mois dans le ventre de sa mère, un apprenti lecteur a besoin de 9 mois pour acquérir une lecture courante. Chaque enfant est unique, ainsi dans leur développement physique et intellectuel, des élèves de même âge peuvent lire en comprenant, après 5 ou 6 mois,  mais le français a beaucoup de particularités et il faut aussi les « avaler », avec Jean Qui Rit pas de problèmes !

  • Quel est votre plus beau souvenir avec Jean Qui Rit ?

Des mamans, des enseignantes extraordinaires, des courriers touchants, j’en ai plein mes poches et mon admiration est sans limite pour leur patience pour chacun de leurs enfants : c’est un art plein d’amour. Voilà quelques phrases d’enfants de ces courriers qui me viennent  à l’esprit :

« Dis maman pourquoi on ne fait pas Jean Qui Rit le dimanche aussi ? »

« Je t’aime » dit un petit garçon en sautant au cou de sa maman après ¼ d’heure d’exercices Jean Qui Rit.

« Maman est ce qu’on peut inviter Jean Qui Rit à mon anniversaire… »

  • Combien d’enseignants et de mamans avez-vous formé ?

Dieu seul le sait car de 1954 , 1ère session à Angers avec des enseignantes de CP (une trentaine) jusqu’à maintenant avec deux sessions par été de 20 à 40 personnes en moyenne, c’est à vous de multiplier….et à cela il faut rajouter une dizaine de sessions pour les mamans par an jusque dans les années 2000.

  • Avez-vous une idée approximative du nombre d’enfants qui ont appris à lire avec Jean Qui Rit ?

Je peux dire des milliers et des milliers, je parlais de 20 à 40 enseignantes qui ont chacune 25 à 35 CP, on arrive vite à plusieurs milliers.  Jean Qui Rit a plus de 50 ans et a voyagé dans le monde entier.  Si l’on prend l’exemple de l’ Afrique,  les classes sont surpeuplées : 80 élèves souvent…. Pour vous donner une idée, lors d’une session en 2014 à Brazzaville, en additionnant le nombre de petits CP qu’auront les maîtres, l’effectif monte à 2547… pour une seule session de formation !!!!

  • Jean Qui Rit voyage également beaucoup, vous venez de nous parler de Brazzaville, où avez-vous eu l’occasion également d’aller pour transmettre votre pédagogie ? L’enseignement de Jean Qui Rit se passe-t-il de la même manière à l’étranger où y-a-t-il des contraintes particulières (culturelles, matérielles…) ?

Voilà où commence l’aventure Jean Qui Rit ! 1960 ! La Belgique a la méthode globale. Des institutrices aimeraient revenir à des pédagogies plus classiques. Je vais proposer Jean Qui Rit… et s’en suivirent des sessions qui formèrent plusieurs centaines de maîtresses, qui ne savent plus enseigner autrement qu’avec les gestes ! Puis ce fut l’Afrique de l’Ouest, sessions de 50 à 80 participants. Puis le Canada pour sortir de la méthode globale et bien lire en français. Puis les Antilles. Le Chili encore en 2013. J’oublie le Portugal où Jean Qui Rit fut traduit et adapté.

  • Une question que beaucoup se posent sûrement pourquoi avoir choisi le prénom « Jean » ?

Cela vient d’une exclamation d’un visiteur « oh, ces enfants ce sont de vrais « Jean Qui Rit »,  faisant allusion au titre de la Comtesse de Ségur : « Jean qui grogne et Jean qui rit » !!!

  • Comment voyez-vous l’avenir de JQR ou que souhaitez-vous pour l’avenir de JQR?

Cette pédagogie utilise presque tous les sens du jeune enfant, et lui permet d’être l’acteur de ses apprentissages fondamentaux,  j’ai envie de dire qu’elle convient à tous les enfants du monde. En 2015, Jean Qui Rit résoudrait les problèmes de discipline, d’intérêt par tant d’activités gestuelles. Le problème est qu’on ne peut transmettre Jean Qui Rit que durant les sessions d’été de 5 jours. Il faut les faire connaître…et les enseignants viendront.

L’association forme des « formatrices » pour avoir des sessions en province.  Les sessions « familles » en 4 jours  pour les mères, pères et grands-parents désireux d’aider leurs enfants et petits-enfants, elles diminuent. Les mamans sont en effet bien plus prises par leur travail, d’où le sentiment de voir Jean Qui Rit se reposer durant l’année dans cette société si occupée.

Par contre, les pays pauvres réclameraient Jean Qui Rit si des enseignantes françaises implantées sur place leur apportaient la pédagogie traduite et adaptée à leur langue. Une session semblable a eu lieu au Chili en 2013 en espagnol.

  • Et enfin, que diriez-vous pour finir de convaincre un directeur d’école qui hésite encore à former ses enseignants ou à une maman qui hésite entre deux méthodes de lecture ?

Monsieur le Directeur,

La pédagogie Jean Qui Rit apporte dans un CP une éducation personnelle à chaque enfant quant à la discipline du corps  grâce à la motricité, quant à l’observation, à l’écoute grâce à la minute de silence, à la concentration, à la précision dans l’écriture et à l’amour du travail bien fait.

Par le geste, le rythme et le chant, trois mémoires supplémentaires permettent un gain de temps, qui sera utilisé pour de la culture générale.

L’essayer c’est l’adopter tant elle fait la joie des enfants ! »

Quand  aux mamans le message est le même, si vous avez encore un doute, je n’ai qu’une chose à vous dire, venez tout simplement découvrir la pédagogie lors d’une session famille.

 

Merci beaucoup de nous avoir fait partager votre histoire et votre expérience !

Et merci pour tous ces enfants qui ont appris à lire et à écrire avec le sourire !

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6 commentaires pour A la rencontre de Marie-Brigitte Lemaire…

  1. Marily dit :

    Bravo Madame pour tout votre travail et pour tous ces enfants qui ont appris et qui apprendront encore à lire grâce à vous !

  2. Nadia Prak dit :

    Merci pour ce beau partage !Merci à ces personnes d’exister et de créer…Nadia.

  3. Rahilatou GARBA dit :

    merci d’avoir fait pour moi de la lecture les meilleurs moments de mon enfance. j’ai 31 ans et je me souviens de chaque geste tellement je le refaisais encore et encore. cela a créé un lien charnel entre les mots et moi. merci encore et encore et je suis heureuse de vous dire ce merci. j’en suis même émue. j’ai appris avec les sœurs de l’immaculée conception de Dakar.

  4. Porché Laurence dit :

    cela donne vraiment envie de découvrir jean qui rit en profondeur et j’espère que grâce à facebook beaucoup vont en avoir le projet pour le bonheur de leur enfant.

  5. Ping : Bâtisseur de bonheur: | Prof bienveillantProf bienveillant

  6. Brigitte Soriat dit :

    Bonjour, Maintenant mamie, j’ai vraiment à coeur d’accompagner mes petits enfants dans leurs apprentissages de lecture. Il y a tellement de manières douces pour apprendre aux enfants à avancer dans la vie. Merci de nous permettre de le faire de cette façon et bravo pour votre ouverture du coeur.

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